21 Commentaires
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Avatar de Maquisart

Je ne pense pas que ce soit "arrogant" de dire que la transgression soit une attitude adolescente; je dirais que c'est plutôt *dérangeant* pour une certaine intelligentsia qui a érigé la transgression comme le critère d'excellence numéro un dans à peu près tous les domaines. Et oui, à force de tout "transgresser" partout, on se surprend (mais pour ça faut-il encore avoir le courage de se l'avouer) à enfoncer des portes ouvertes. Il n'y a rien de plus académique et convenu aujourd'hui que de sciemment "transgresser pour transgresser".

Merci pour ce petit article.

Avatar de Maxime Rovere

Merci ! C’est vrai que la transgression a été intégrée au fonctionnement d’un système de sidération… Mais il est quand même besoin de beaucoup d’humilité pour trouver à en déjouer les pièges. Je crois que nous nous faisons avoir presque quotidiennement, et qu’il faut tous les jours nous corriger… Quel travail !

Avatar de Maquisart

Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui, se dire qu’on doit encore “se corriger” de quelque chose… je remarque depuis que j’ai repris les réseaux à quel point l’injonction continue à “prendre conscience” de ceci, de cela (même des choses minimes) devient absolument étouffante – c’est comme si, faute de Pêché Originel, on s’en trouvait chaque jour de nouveaux. Comment pourvoir vouloir s’en rajouter? Seulement, avec ce climat où l’apparence et les prétentions vides règnent, j’ai vraiment envie de demander aux gens “êtes-vous sûr de faire cela pour les bonnes raisons?” Merci

Avatar de Maxime Rovere

Votre remarque vise juste, et on pourrait aussi ajouter : comment rester libres et réinventer toujours notre liberté ?

Avatar de Dominique Ribouchon

Merci à tous deux alors pour cette co-production si inspirante !

Avatar de Marco

C'est passionnant de vous lire, ces échanges riches et très intéressants.

Nous sommes en train d'écrire un article pour la revue Médecine Palliative, un récit d'une situation complexe sur le plan éthique où nous avons évoqué (comme D Mallet, D Jacquemin, R Aubry et al. il y a qq années) la transgression.

Finalement nous avons opté pour une adaptation, et le mot exploration fait écho.

Je trouve que l'explorateur a une posture équilibrée, comme un "curieux vigilant", qui pousse la limite de son périmètre un peu plus loin en restant ancré à sa tradition, ses valeurs (un peu l'antidote voire le vaccin contre la pente fatale) mais animé par la soif de comprendre, en quête de connaissance et d'expérience

Le débat sociétal qui fait l'actualité et les situations vécues sur le plan professionnels nous emmènent à lire et apprendre pour mieux travailler, et je vous remercie de votre éclairage.

Avatar de Dominique Ribouchon

Oui vraiment passionnant ! Des échanges qui nourrissent à la fois l'esprit et le cœur 😊.

Et merci Marco pour "votre explorateur équilibré, entre curiosité et ancrage". J'adore votre formulation, que je pense faire mienne. Me le permettez-vous ? 😉

Avatar de Marco

bien sûr pour la formulation, ce n'est pas moi, je m'inspire de l'éclairage qu'apporte la pensée de M. Rovère et la chance de travailler dans un domaine où l'expérience nourrit la réflexion, les échanges finissent pour être productifs peut être ;) bien à vous

Avatar de Maxime Rovere

Un grand merci à vous ! Je vais faire bientôt un stage en médecine palliative, je suis convaincu que depuis ce soin-là, nous pouvons transformer entièrement notre manière de vivre. Merci pour votre travail.

Avatar de Giulia

Je crois comprendre ce que vous pointez, le fait que la transgression ne gagne en profondeur que lorsqu’elle cesse d’être pensée comme telle, lorsqu’on s’y abandonne au point d’oublier jusqu’à l’idée même de règle.

Ce qui est vertigineux, ce n’est peut-être pas tant l’oubli de la norme que la qualité de ce qui prend alors le relais. Quand plus rien ne fait socle, l’exploration peut perdre sa justesse, et l’élan ne suffit pas toujours à faire cap.

La liberté ne serait donc pas l’effacement des repères, mais leur métamorphose. Une traversée portée par une boussole intérieure, vivante, lucide et sensible, qui se façonne au contact du réel, dans l’expérience même, et se reconnaît à ce qu’elle préserve en soi et chez l’autre. Non pas contre la norme, mais au-delà d’elle, vers une manière d’être au monde plus vivante.

Avatar de Giulia

En vous lisant, je me dis que ça ressemble parfois à un petit tiraillement intérieur : différentes voix en nous, différentes intentions, pas toujours d’accord entre elles.

Peut-être que la difficulté n’est pas de faire taire l’une ou l’autre, mais d’éviter l’excès, dans un sens comme dans l’autre. Trop vouloir bien faire peut devenir contraignant, trop peu peut nous laisser dans l’ attente.

Avatar de Maxime Rovere

Oui vous avez raison, la liberté va aussi redéfinir des repères - et vous avez encore raison, il s’agit de repères et non de nouvelles limitations. Voilà pourquoi la liberté consiste dans un perpétuel détachement de soi-même… Pour mieux trouver le chemin de l’essentiel.

Avatar de Alexandre Legaré

Bonjour Maxime et Giulia,

Merci pour vos réflexions et vos partages.

Je comprends la transgression comme le reflet d’une trop grande affectation par rapport à la norme, d’un désir trop fort de se défaire de la norme et donc, en voulant trop prendre le contre-pied, témoigner de ce fait du réel pouvoir qu’on lui accorde tout de même toujours.

Il me semble que l’exploration de sa liberté se fait donc comme un chemin singulier et unique, à tâtons, à l’écoute des effets que les rencontres (personnes, situations, événements) génèrent en nous afin d’être fidèle et respectueux de ce qui correspond à notre nature (à découvrir), indépendamment d’un besoin de validation du regard de l’autre, ou d’un besoin de réassurance d’une conformité à des règles, des normes, etc. Il s’agit de s’autoriser à exercer sa confiance à expérimenter sans donner trop d’importance aux normes (les ignorer serait une autre façon de ne pas leur reconnaître une certaine réalité, un certain sens).

Je me demande souvent quel signal interne est fiable (indépendamment de la valence agréable/desagreable, confortable/inconfortable, plaisante/penible). Est-ce un sentiment de vitalité (qui resterait à bien définir) qui ressemblerait à la joie/puissance de Spinoza, ou la satisfaction de la vertu pour Sénèque, comme unique boussole ?

Je comprends moins le « détachement de soi-même ». Certes, nous sommes spontanément ignorants et l’exploration nous permettra de faire émerger (espérons le) une sagesse, une plus grande puissance. Mais ne devons-nous pas composer avec ce qu’on est, au mieux, avec notre peu de compréhension, nos ressentis, nos actions, nos expériences pour progresser? Comment faire sans soi-même ? Ce n’est peut-être pas sans faire sans soi-même, que composer avec un autre rapport à soi?

En espérant n’avoir pas été trop confus..

Alexandre

Avatar de Alexandre Legaré

Merci Giulia!

J’entends parfaitement ce que tu exprimes et c’est joliment dit.

Je comprends que je deviens plus observateur de ce qui se joue, notamment de mes propres représentations vis-à-vis de moi-même. J’y adhère moins, ou, du moins, j’écoute ce que ça me dit. Un espace se créer, quelque chose de vivant s’exprime (pousse).

Mon questionnement était : à partir de là, comment procéder ? Une spontanéité peut être tout de même biaisée, influencée. Comment reconnaître dans ce qui me traverse une « fiabilité », une « vérité » (qui est la mienne, pas la norme) dans la direction que cela prends… est-ce que je coupe les cheveux en 4, est-ce que j’attache trop d’importance à conscientiser, comprendre, reconnaître une réponse? Suis-je trop analytique, là où il faudrait être davantage dans de l’intuition?

Encore une fois, j’ai le sentiment qu’il me manque une expression suffisamment claire pour traduire mes interrogations..

Avatar de Giulia

Merci Alexandre !

je vois très bien ce que tu veux dire, et je ne trouve pas ça trop analytique.

Je me demande si la “fiabilité” ne se reconnaît pas moins dans une certitude immédiate que dans ce que ça produit avec le temps : est ce que ça ouvre, est ce que ça apaise, est ce que ça rend plus vivant, même doucement.

Ça me fait penser à Pierre Hadot, quand il parle de la philosophie comme d’exercices spirituels : on ne cherche pas seulement à comprendre, on s’entraîne, on essaie, on ajuste, et c’est l’expérience qui affine peu à peu le regard et la direction. Et pour l’intuition, je ne sais pas… j’ai l’impression qu’elle apparaît surtout quand on relâche un peu la volonté de conclure trop vite.

Avatar de Alexandre Legaré

Oui, j’adhère à la réponse qu’apporte la prise en compte de la dimension de la trajectoire (en complément de l’instant). On compose dans l’instant au mieux en acceptant l’incertitude tout en se donnant une certaine confiance, puis de temps à autres, on considère le chemin parcouru, on considère la dynamique et s’il y a comparaison, il y a au moins celle de soi à soi, dans différents temps. Il y a une temporalité à respecter, à accompagner. On ne force pas une plante à pousser.

Le dosage est subtil. Trop de (bonnes) intentions peuvent être contre-productives et pas assez, nous font restés passifs et ignorants.

J’écris presqu’à voix haute..

Avatar de Giulia

Peut-être que le détachement de soi n’est pas un abandon, mais un effleurement.

Non pas faire sans soi, mais relâcher l’étreinte sur ce que l’on croit être.

Laisser l’expérience nous traverser, nous déplacer, et découvrir qu’entre soi et soi, il y a de l’espace… et de la vie.

Avatar de Alexandre Legaré

Merci Giulia!

J’entends parfaitement ce que tu exprimes et c’est joliment dit.

Je comprends que je deviens plus observateur de ce qui se joue, notamment de mes propres représentations vis-à-vis de moi-même. J’y adhère moins, ou, du moins, j’écoute ce que ça me dit. Un espace se créer, quelque chose de vivant s’exprime (pousse).

Mon questionnement était : à partir de là, comment procéder ? Une spontanéité peut être tout de même biaisée, influencée. Comment reconnaître dans ce qui me traverse une « fiabilité », une « vérité » (qui est la mienne, pas la norme) dans la direction que cela prends… est-ce que je coupe les cheveux en 4, est-ce que j’attache trop d’importance à conscientiser, comprendre, reconnaître une réponse? Suis-je trop analytique, là où il faudrait être davantage dans de l’intuition?

Encore une fois, j’ai le sentiment qu’il me manque une expression suffisamment claire pour traduire mes interrogations..

Avatar de Alexandre Legaré

Je me rends compte que j’ai compris (à tord) un « détachement avec soi-même » comme équivalent à « faire sans soi-même »…

Avatar de Maxime Rovere

Oui mais votre remarque nous oriente quand même vers un problème intéressant…

Avatar de Maxime Rovere

Merci Alexandre, vous dites beaucoup de choses justes et fines, et c’est une magnifique question : “comment faire sans soi-même ?” Je la note pour vous y répondre plus tard, plus longuement. Un grand merci.